C’est l’une des questions les plus posées par les investisseurs locatifs : faut-il louer en meublé ou en nu ? La réponse n’est jamais universelle. Elle dépend du bien, de la zone, de votre situation fiscale et de votre objectif patrimonial.
Les différences juridiques : durée, préavis, dépôt
Le bail nu (loi du 6 juillet 1989)
- Durée : 3 ans renouvelables (6 ans si le bailleur est une personne morale).
- Préavis locataire : 3 mois (1 mois en zone tendue, en cas de mutation professionnelle, ou pour certaines situations particulières).
- Préavis propriétaire : 6 mois avant la fin du bail, motivé uniquement (reprise, vente, motif légitime et sérieux).
- Dépôt de garantie : 1 mois de loyer hors charges maximum.
C’est un cadre stable et protecteur du locataire, qui convient bien aux profils long terme (familles, salariés en CDI).
Le bail meublé
- Durée : 1 an renouvelable (9 mois non renouvelables pour un étudiant).
- Préavis locataire : 1 mois en toute zone.
- Préavis propriétaire : 3 mois avant la fin du bail.
- Dépôt de garantie : jusqu’à 2 mois de loyer hors charges.
C’est un cadre plus souple pour le bailleur, mieux adapté aux locataires de passage (jeunes actifs, mobilité professionnelle, étudiants).
À noter : il existe également un bail mobilité (1 à 10 mois, sans renouvellement) destiné aux locataires en formation, stage, mission temporaire ou mutation. Il est réservé au logement meublé.
Le mobilier obligatoire en meublé
Pour qu’une location soit juridiquement qualifiée de meublée, le décret n°2015-981 du 31 juillet 2015 impose la présence de 11 éléments minimum : literie, plaques de cuisson, réfrigérateur, vaisselle, table, sièges, luminaires, et quelques autres (liste complète détaillée en FAQ).
Si un seul élément manque, le locataire peut demander la requalification en bail nu, avec rétroactivité et conséquences fiscales sévères pour le bailleur.
Les différences fiscales : revenus fonciers vs BIC
Location nue : revenus fonciers
Les loyers d’une location nue sont imposés dans la catégorie des revenus fonciers, avec deux régimes au choix :
- Micro-foncier : abattement forfaitaire de 30 % sur les loyers, valable sous le plafond de 15 000 € de recettes annuelles.
- Régime réel : déduction des charges réelles (taxe foncière, intérêts d’emprunt, travaux, copropriété, assurance, gestion). En cas de déficit, possibilité d’imputer jusqu’à 10 700 € par an sur le revenu global, le reste étant reportable 10 ans sur les revenus fonciers.
Le réel est intéressant dès que les charges et intérêts d’emprunt dépassent 30 % des loyers, ce qui est fréquent en début d’investissement.
Location meublée : BIC
Les loyers d’une location meublée sont imposés en bénéfices industriels et commerciaux (BIC), ce qui ouvre l’accès à un mécanisme fiscal beaucoup plus puissant : l’amortissement du bien.
- Micro-BIC : abattement de 50 % sur les loyers, valable sous le plafond de 77 700 € de recettes annuelles (régime classique LMNP). Pour la location meublée de tourisme non classée, ce plafond est tombé à 15 000 € depuis la loi Le Meur.
- Régime réel : déduction des charges, et amortissement du bien (entre 20 et 30 ans en général), du mobilier (entre 5 et 10 ans) et des travaux. C’est ce mécanisme qui permet souvent d’effacer fiscalement les loyers pendant 8 à 15 ans, sans qu’aucune sortie réelle de trésorerie soit nécessaire.
L’amortissement est l’avantage fiscal majeur du meublé. Concrètement, vous percevez des loyers tout en n’étant pas (ou peu) imposé dessus pendant des années.
Point d’attention : la réforme 2025 sur la plus-value LMNP
L’article 84 de la loi de finances pour 2025 a profondément modifié le calcul de la plus-value en LMNP. Désormais, les amortissements pratiqués pendant la location sont réintégrés dans la plus-value imposable à la revente (BOI-BIC-CHAMP-40-20). En clair : l’avantage fiscal pris pendant la détention est partiellement repris au moment de la cession.
Les différences de rendement réel
Le différentiel de loyer
À surface et qualité équivalentes, un meublé se loue généralement 10 à 25 % plus cher qu’un bien nu. L’écart est maximal sur les petites surfaces (studio, T1) et dans les grandes villes étudiantes ou avec une forte demande de mobilité professionnelle.
La vacance locative et le turnover
C’est là que l’écart se réduit. Un bail meublé étant plus court, le turnover est mécaniquement plus élevé : un locataire reste en moyenne 18 à 24 mois en meublé contre 3 à 5 ans en nu. À chaque rotation, il faut compter quelques semaines de vacance locative (logement vide entre deux locataires), plus les frais d’état des lieux, de remise en état et parfois de remise à neuf du mobilier.
Une projection sérieuse intègre une vacance locative prévisionnelle de 3 à 5 % des loyers annuels en nu, et de 6 à 10 % en meublé dans la plupart des marchés.
Le coût du mobilier et de l’entretien
Meubler un studio coûte généralement 3 000 à 5 000 €, davantage pour un T2 ou plus. Il faut prévoir un renouvellement partiel tous les 5 à 8 ans (literie, électroménager, mobilier d’usage). C’est un coût certain à intégrer dans le calcul.
La charge de gestion
Locations courtes, états des lieux fréquents, communication avec des locataires de passage : le meublé demande plus de temps ou des frais de gestion plus élevés. Si vous déléguez, comptez 7 à 10 % des loyers en nu, et 8 à 12 % en meublé.
Quel choix selon votre profil ?
Au-delà des comparaisons théoriques, le bon choix dépend de votre situation concrète. Voici quelques cas typiques.
- Studio ou T1 en centre-ville étudiant ou de jeunes actifs : le meublé est presque toujours le bon choix. Loyer plus élevé, demande captive, fiscalité avantageuse.
- T2 ou T3 en centre-ville ou zone universitaire (potentiel colocation) : le meublé en colocation est souvent le cas le plus rentable du marché. Le loyer total dépasse largement celui d’un bail unique meublé, la demande étudiante et jeunes actifs est forte. À condition d’accepter une gestion plus active.
- T2 ou T3 dans une ville moyenne hors colocation : à analyser au cas par cas. Le meublé reste souvent intéressant fiscalement, mais le nu peut suffire si le bien est de qualité et la demande forte sur du long terme.
- Grande maison familiale en périphérie : le nu est généralement plus pertinent. La demande locative est tournée vers les familles, qui cherchent un cadre stable et meublent elles-mêmes.
- Investisseur à tranche marginale d’imposition (TMI) élevée (30 % et plus) : le meublé au réel est presque toujours gagnant. L’amortissement permet d’effacer une grande partie de l’imposition pendant la durée de détention.
- Investisseur en début d’activité, forts intérêts d’emprunt : le nu au réel peut être très efficace les premières années. Le déficit foncier (charges supérieures aux loyers) est imputable sur le revenu global jusqu’à 10 700 € par an. C’est une stratégie d’optimisation court terme.
- Stratégie patrimoniale long terme (15-20 ans et plus) : le meublé garde son avantage malgré la réforme 2025 sur les plus-values.
- Stratégie de revente à moyen terme (5-10 ans) : la réforme 2025 rend l’arbitrage moins évident, le nu peut redevenir compétitif sur certaines configurations.
- Bien dans une zone à forte vacance locative : la stabilité du nu prime souvent sur le rendement nominal du meublé.
Chaque cas mérite un calcul personnalisé qui intègre votre tranche marginale d’imposition, votre apport, votre durée de détention envisagée et le marché local.
Conclusion
Il n’existe pas de meilleur régime entre meublé et nu : il existe le régime le mieux adapté à votre projet. Le bon arbitrage demande de croiser la fiscalité, le bien, la zone et votre situation personnelle. C’est typiquement le type de décision qui mérite d’être travaillé en amont, avant de signer le compromis, pour éviter de subir un régime mal adapté pendant des années.